Le babillage des bébés : que du blabla ?

Publié le par Big Brother

En compagnie de Nawal Abboub, docteure en neurosciences cognitives de l’université Sorbonne-Paris-Cité, nous allons découvrir les étonnantes capacités langagières des tout-petits. Car babiller, c’est bel et bien interagir…

Dans l’épisode précédent du podcast Y en a là-dedans !, nous avons compris que les nouveau-nés sont suffisamment outillés pour analyser des sons, et même reconnaître la musique de leurs langues. Et les babillages ?

Nawal Abboub : Les cris et les babillages sont, en fait, la véritable entrée des humains dans le langage oral et ce, bien avant les mots. Les scientifiques se sont rendu compte qu’avant de produire les premiers mots (en moyenne vers 12 mois), il se passe plein de choses dans le cerveau des bébés. Et que la production de cris, ou encore de pleurs, reflète déjà la structure de la langue maternelle.

Une étude a montré que les cris des nouveau-nés résonnent en suivant l’intonation d’une langue. En 2009, des chercheurs français et allemands, notamment Anne Christophe, Birgit Mampe et Angela Friederici, ont comparé les cris de nouveau-nés français et ceux de nouveau-nés allemands. La prononciation des cris était différente entre les deux langues. Les bébés allemands pleurent avec une mélodie descendante. Alors que les bébés français pleurent avec une mélodie montante. Cela montre que, dès la naissance, la production de sons est modulée par la langue maternelle.

Les babillages, et autres « areuh », sont les mêmes dans toutes les langues ?

N. A. : Non. Bénédicte de Boysson-Bardies, spécialiste de l’acquisition du langage, s’est intéressée aux vocalisations qui apparaissent entre six et neuf mois. Elle a montré des différences de mélodie et d’intonation entre des petits Français et des petits Japonais. Alors que les Français produisent les fameux « areuh », les bébés japonais, quant à eux, prononcent des sons très différents comme « au »… Car le contraste « r » n’existe pas en japonais.

Mais émettre des sons n’a pas forcément de sens…

N. A. : Le babillage n’a pas de sens pour un adulte. Il n’est pas relié à un contenu sémantique, mais il possède une véritable signification linguistique. Il y a de fortes concordances entre l’intonation des mots et leur ordre dans la phrase : ça, c’est la base de la grammaire. Les babillages sont des « protomots », donc une forme de langage.

Nous faut-il alors répéter, traduire, reformuler ces « ba beuh bi » en tant que parents ?

N. A. : Oui, on peut s’amuser avec tout : ses babillements, ses protomots, ses gazouillis. Mais il est essentiel de redonner la bonne forme sonore des mots et des phrases. Acquérir la synchronisation de tous les muscles qui permettent la prononciation prend des mois, voire des années. Et c’est en observant ses parents lui parler, qu’un bébé va repérer de quelle manière ils placent leur bouche et quel son en sort. Il sera ensuite capable de bâtir son répertoire de sons et d’articulations.

Propos recueillis par Isabelle Pouyllau.

Sources :
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19896378/
https://www.cairn.info/publications-de-B%C3%A9n%C3%A9dicte-de%20Boysson-Bardies–25405.htm

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